L’individu face à lui-même

Rien n’est su sans être saisi à partir de la vibration. Comprendre implique nécessairement l’intellect, la logique du sens à partir de la forme manifestée. Une vibration n’a pas besoin de forme pour être saisie et apporter le savoir dont elle est imprégnée. La forme ne lui sert qu’à se manifester sur un plan afin d’y encoder de l’information. Que celle-ci soit saisie ou non ne change pas son action.

L’Homme vit de l’expérience parce qu’il ne saisit pas absolument ce qui cherche à se manifester à travers ce qu’il vit. Lorsqu’une expérience survient, il cherche à la comprendre, et passe ainsi à côté du sens réel qui tente de l’atteindre. Pour s’en saisir, l’Homme doit devenir capable de se saisir de lui-même avant d’essayer de se saisir d’un réel qui le dépasse largement, bien plus qu’il ne peut le comprendre, inévitablement.

Mais que signifie « se saisir de soi-même » ? Entrer dans sa vibration propre. Devenir capable de ne dépendre que de soi sur le chemin de l’éclosion de son identité. Il ne peut en être autrement, puisque le terme d’identité sert à exprimer la réalité individuelle intrinsèque en potentiel dans l’Homme.

Comment l’individu peut-il prétendre se saisir des mystères de l’univers s’il ne se saisit pas de son propre mystère ? Il ne fait que retarder son évolution, en se perdant dans des strates de conscience qu’il ne peut qu’effleurer avec son intellect et son rationalisme égoïque, souvent induit par la fascination pour un savoir qu’il désire sans en réaliser les conséquences délétères sur un psychisme insuffisamment préparé.

L’Homme doit s’individualiser avant de s’universaliser. Autrement dit, il doit s’unifier à ses propres centres d’énergie et entrer en contact avec le flux vibratoire qui correspond à la source de son être, source intelligente et sciente à la base de son incarnation terrestre.

L’Homme est avide de savoir parce qu’il n’en est pas imprégné. Or, le savoir est aussi commun à l’Homme conscient que l’est la respiration chez l’Homme inconscient. Il convient à chaque individu de se mesurer à soi-même afin de se positionner sur l’échelle de l’évolution et ainsi entrer concrètement dans son propre rythme.

Qu’une instruction se manifeste pour jeter les bases d’une nouvelle ère dans l’Histoire de la conscientisation d’une humanité en voie d’évolution est une chose; que l’Homme confonde son propre temps d’évolution avec celui de cette instruction – comme ce fût le cas lorsqu’il érigea la religion comme voie de la vérité après l’instruction de ce temps – est la preuve d’une profonde immaturité.

Il ne s’agit pas pour l’Homme de se précipiter vers la lumière lorsque celle-ci rayonne, mais plutôt d’en intégrer l’intensité sans jamais en souffrir plus que nécessaire. Or, vivre en dehors de son propre rythme est le meilleur moyen de se faire vivre des souffrances inutiles parce que non essentielles, mais proportionnelles à l’immaturité de l’ego et sa fascination pour un lendemain qui ne s’atteint qu’en traversant la nuit de sa propre journée.

Plus l’Homme a faim de savoir et soif de conscience, plus il démontre son manque d’identité, c’est-à-dire son immaturité psychique face à la vie, dans son sens le plus absolu. Ce n’est qu’à travers l’expérience – dont il a souffert et à laquelle il a survécu – que l’Homme devient scient de la vie. La souffrance n’est inévitable que parce que l’Homme est divisé. Le savoir ne requiert pas de souffrir pour rayonner, mais l’Homme ne peut éviter la souffrance de sa propre éclosion, parce que le temps est la trame qui le relie à sa source identitaire, et c’est de ce temps qu’il doit s’affranchir.

Il est essentiel que l’Homme s’ajuste à son propre temps, car le temps est le canal à partir duquel se manifeste l’énergie de son être psychique. Lorsqu’il aura pleinement saisi qu’une instruction représente l’expression de l’unification des temps d’une conscience universelle, l’individu saura s’ajuster face aux temps de cette conscience, pour réaliser éventuellement que le temps qui lui correspond est la manifestation de son individualité à travers sa propre incarnation. Ainsi, il n’aura plus qu’à se suivre lui-même pour entrer dans la réalité manifestée par l’instruction à l’œuvre dans le monde. Il devient alors sa propre instruction.

Lorsqu’il entre dans le temps de son individualité de conscience, l’Homme se fait enfin face pleinement. Ce n’est plus dans le discours public et les leçons de classe de l’instruction qu’il touche au savoir, mais par l’affrontement psychique qu’il vit intérieurement, seul dans l’intimité de son expérience de vie. Il fait alors de plus en plus le constat du jaillissement de la vibration de sa source derrière chaque tension transmutée.

L’individu en voie d’éclosion identitaire réalise, au fil de la traversée du temps de sa source, que le vide est l’espace de manifestation de cette source. La neutralité psychologique, émotive et psychique est ce qui lui permet de s’émanciper des illusions de la forme, notamment des pensées, afin de générer cet espace. Toutefois, cette neutralité n’est pas suffisante. Elle ne représente que les prémisses de l’actualisation de l’énergie de la source.

Pour restructurer sa nature psychique, l’individu doit se saisir de cette énergie afin d’en traverser le courant, et ainsi entrer réellement dans la vibration de son mouvement, ou se faire habiter par elle. C’est dans l’instant de cette symbiose corps-ego-vibration que l’individu est concrètement capable de se redéfinir et de s’ajuster à un réel plus grand, plus précis, et qu’il se dévoile à lui-même, et pénètre ses propres mystères, et au-delà les mystères qui lui demeuraient voilés.

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