La parole ne doit pas être sous le contrôle de l’Homme, elle doit être une manifestation de l’énergie dans la matière à travers les centres de l’Homme.
Le mental humain est un metteur en formes de l’énergie que l’Homme interprète selon ses capacités intellectuelles et de réflexions rationnelles.
L’Homme ne sait jamais ce qu’il dit quand il parle parce qu’il ne sait jamais ce que l’énergie est réellement en tant que mouvement de l’esprit à travers son mental. Tant que l’ego n’est pas en contact direct avec l’esprit il ne peut pas parfaitement savoir ce que l’énergie en lui tente de manifester à travers la forme, la parole, le mot. Il est obligé d’interpréter.
L’Homme doit en arriver à ne plus s’intéresser aux mots. Il ne doit plus être capable d’utiliser un mot pour sa valeur historique, morale, psychologique, philosophique, spirituelle, psychique ou supramentale. Il doit être totalement détaché du mot, en dehors du sens de la forme du mot.
Parce qu’un mot sert de réceptacle à de l’énergie, et l’énergie a besoin de suffisament d’espace dans le mental pour que son mouvement reflète l’intention de l’esprit qui l’émet. Cet espace correspond à l’absence de valeur. À l’absence de sens à l’intérieur des mots.
Plus l’Homme attache de sens aux mots, plus il entrave le mouvement de l’énergie dans son mental, et plus il lui est difficile d’entrer en résonance avec l’intention de l’esprit. Autrement dit, plus il a la capacité de comprendre, moins il est en mesure de savoir.
Comprendre est le résultat de la réflexion intellectuelle du mental à partir du sens accolé aux mots utilisés par l’énergie pour se faire sentir par l’ego. Savoir provient directement de l’activité de l’esprit à partir de l’énergie libre dans son mouvement à l’intérieur d’un espace mental suffisament vide pour en être le récepteur parfait.
Il y a un paradoxe dans le développement et l’ajustement de la parole de l’Homme. C’est que plus l’Homme parle, plus sa parole s’ajuste. Mais plus l’Homme parle, plus il est sujet à interpréter ce qu’il dit, et plus il retarde l’ajustement de sa parole.
C’est pourquoi l’Homme doit apprendre à parler sans s’attacher à ce qu’il dit, afin de laisser l’énergie agir à travers les mots et les formes de son langage pour en ajuster la vibration.
L’Homme, l’individu, doit exercer un nouveau sens de la parole. Il doit en arriver à cesser de parler pour rien, et apprendre à parler de tout, sans rien chercher. Il doit arrêter de parler à partir de ce qu’il sait, ou de ce qu’il croit savoir, et commencer à parler de ce qu’il ne sait pas pour aller chercher, à partir de l’énergie, ce qu’il doit savoir.
Parler à partir de l’énergie signifie deux choses :
1. Parler en dehors de l’activité réflexive de la pensée automatique : parler sans raison.
2. Se servir de ce qui est dit pour s’ouvrir à ce qui veut être dit : entrer dans l’infinité de l’énergie.
Pour parler de façon à s’ajuster dans ce que l’on dit, il est évident qu’il faut mettre de côté l’ensemble de sa connaissance intellectuelle et sa capacité réflexive. Sans cela, la parole devient une sorte de philosophie spirituelle qui ne fait que développer des formes subtiles dans lesquelles elle enferme l’énergie sans permettre l’expression d’une vibration parfaitement libre.
Lorsque la parole ne sert que de vecteur au mouvement de l’énergie, depuis le mental jusque dans le mot parlé, l’explorateur du verbe peut alors se servir du courant énergétique qui passe dans cette parole pour remonter le temps de l’espace psychique et ajuster la vibration de son mental à l’énergie qu’il vit à travers son activité physico-psychique (la parole).
L’une des grandes difficultés dans l’exercice de cet ajustement est liée à la fascination de l’ego vis-à-vis l’information qu’il reçoit. Il est difficile pour l’ego de s’ouvrir à des niveaux de réalités qui dépassent son entendement rationnel sans subir l’impression de ces réalités.
C’est pourquoi il est nécessaire que chaque individu apprenne à développer sa propre parole, afin de vivre l’ajustement de ses centres au rythme qui convient au développement de sa structure psychique personnelle. Autant la parole extérieure, émise par un centre de conscience suffisament ajusté est utile et souvent nécessaire pour faire jaillir dans l’individu la germe d’une telle parole, autant il devient important, dans le temps, que l’individu devienne son propre centre vibratoire d’expression.
Sans cela, il demeurera enchaîné à la vibration d’un centre extérieur à lui, dont il ne pourra saisir pleinement l’expression vibratoire, n’étant pas en lui-même dans le mouvement de cette vibration.
L’instruction, quelle qu’elle soit, n’est pas un chemin à suivre mais une balise sur le chemin de l’individu. Elle n’est pas une recette à suivre à la lettre, mais une indication du devenir de l’individu qui s’emploie à corriger sa propre recette dans le temps qui lui correspond.
Ainsi, il convient à chacun de redéfinir tout ce qui lui provient de l’extérieur, afin de réajuster à son propre rythme chaque élément qu’il souhaite utiliser. Sans cela, l’individu sera confronté à des souffrances inutiles parce qu’évitables, car ne faisant pas initialement partie du temps de sa propre évolution personnelle.
La parole doit servir l’individu, et non les réalités subtiles qui se servent d’elle pour entrer en contact avec l’Homme dans l’optique déclarée de lui apporter de la connaissance vis-à-vis l’invisible, quand en fait l’intention cachée de ces contacts est de retarder l’Homme dans son accès au savoir.
Ce n’est que par le développement d’une parole critique que l’individu s’ouvrira graduellement les portes psychiques vers une réalité autre, et vivra l’infusion de l’énergie de l’esprit dans ses centres, qu’il aura ajusté à partir de son propre mouvement, non pas d’expression, mais de manifestation expressive.
L’Homme n’a en soi rien à se dire. S’il parle, ce ne doit pas être à partir de lui mais à partir de ce qui vient à lui. Autrement dit, il n’a rien à chercher, mais tout à questionner. Et là encore il faut corriger le sens des mots. L’Homme n’a rien à questionner, mais tout à remettre en question. Et cela ne veut pas dire la même chose.
L’Homme qui questionne, qui se questionne, le fait à partir de ce qui monte intérieurement de lui. Il exprime déjà ici un mouvement réflexif d’énergie prisonnière des strates psychiques de sa condition planétaire. Et cela va loin.
Celui qui remet en question force le réajustement de ce qui lui parvient de l’extérieur et qui tend à s’imprimer en lui pour devenir un élément réflexif de sa condition planétaire. Il utilise ainsi sa parole pour fracturer la forme qu’il reçoit et en explorer le mouvement énergétique. Il peut ainsi en définir la nature et en dévoiler l’intention, ce qui lui permet d’ajuster ses centres à une réalité qu’il saisit dans son mouvement (sa vibration) plutôt que d’adhérer à l’impression de son discours qui devient dès lors une illusion de sa propre mentalité.